Le fait marquant de ces dernières semaines est le niveau atteint par les taux d’intérêt américains. L’État américain emprunte désormais à plus de 5 % sur 10 ans. Presque toute la courbe des taux dépasse ce seuil, ce qui n’était plus arrivé depuis 2006. Dans le même temps, la Réserve fédérale a repris ses hausses de taux et le pétrole reste proche de 100 dollars le baril.
Beaucoup d’observateurs voyaient ce seuil de 5 % comme une zone de danger pour les actions. Pourtant, les marchés américains restent proches de leurs plus hauts historiques.
Pourquoi les actions résistent-elles ?
La réponse tient en grande partie à la raison même de la hausse des taux. Ceux-ci ne montent pas seulement par crainte de l’inflation : ils montent aussi parce que l’économie américaine surprend par sa vigueur. Les enquêtes d’activité sont à leurs meilleurs niveaux depuis plusieurs années, et cette croissance nourrit les bénéfices des entreprises.
Deux forces s’affrontent donc. Des taux plus élevés rendent les actions moins attractives et pèsent sur leur valorisation. Mais les profits continuent de progresser, et les analystes relèvent même leurs prévisions, ce qui est rare. Pour l’instant, la seconde force l’emporte.
Les entreprises bénéficient aussi d’un amortisseur. Une grande partie de leur dette a été empruntée à taux fixe, sur plusieurs années. La hausse des taux ne se répercutera donc que progressivement, au fil des refinancements, contrairement à un ménage qui achète aujourd’hui un logement et subit immédiatement des taux supérieurs à 7 %.
Des points de vigilance
Cette résistance n’est pas uniforme. Derrière des indices proches de leurs records, une majorité d’actions américaines restent nettement en dessous de leurs plus hauts, et les écarts entre secteurs sont importants.
Le principal risque serait un ralentissement de la croissance alors que les taux resteraient élevés. Les bénéfices ne compenseraient plus le coût de l’argent, et le même niveau de taux deviendrait alors beaucoup plus pénalisant.
En Europe, la situation française mérite attention. L’État emprunte désormais à plus de 4,6 % sur 10 ans, avec un écart de plus de 1,1 point par rapport à l’Allemagne. Un même prix mondial de l’argent n’a pas les mêmes conséquences pour une économie qui accélère et pour une économie qui peine à croître.
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